Ceux qui font leur beurre de la crise
lun. 27 oct. 22:55:40
 Dans
toutes les situations bouleversées - guerre, krach boursier, crise,
prohibition... - des acteurs économiques trouvent matière à profits. La
récession actuelle dans laquelle est plongée une partie du monde et
singulièrement la France, est ainsi, pour certains, une bénédiction.
Panorama des « profiteurs de crise », ces secteurs qui arrivent à tirer
leur épingle du jeu : Les acheteurs immobiliers qui ont les moyens de payer cash.
Les prix de la pierre chutent. Des propriétaires ayant contracté des
prêts-relais se trouvent obligés de brader leurs biens, que les
Sociétés civiles immobilières, qui disposent d'une trésorerie
conséquente, s'empressent de racheter. Elles les revendront au prix
fort une fois la crise passée. Jean-Luc Renault, agent immobilier,
confirme : « Le marché fonctionne par vagues. Pendant le creux, il est
tant d'acheter, et dès qu'elle sera bien remontée, vendez tout !
Actuellement, c'est le meilleur moment pour les grosses agences qui
imposent presque leur prix d'achat, tellement les vendeurs sont
contents de trouver un acheteur qui puisse aligner plusieurs centaines
de milliers d'Euros. » Les fast-foods. De moins
en moins de personnes peuvent s'offrir un repas au restaurant, avec
entrée, plat, dessert et boissons. Pour le plus grand plaisir des
fast-foods, où affluent les salariés de tous horizons à l'heure de la
pause. Outre les hamburgers bien connus, des fast-foods bios et des
bars à salades ou à soupes apparaissent au coin des rues. Comme les
entreprises restreignent aussi les notes de frais, même les cadres sup'
sont contraints de changer leurs habitudes. Adieu, les repas d'affaires
chez Apicius, restaurant 3 étoiles, et bienvenue chez Maurice, la
brasserie du coin ! Le low-cost. A l'image de
cette compagnie aérienne qui a pris pour slogan : « Vite, achetez un
billet et partez avant que les banquiers ne prennent toutes les places
! » En pleine politique de rigueur, revenir aux fondamentaux et ne
payer que pour un produit de base ! Les industriels de ces secteurs se
recentrent ainsi sur leur cœur de métier, laissant de côté les services
induits. Les voyages en avion en business class, avec hôtesse de l'air
aux petits soins, plateau-repas chaud, DVD à la demande, font place à
des trajets discount, où le passager est assis sur un siège étroit,
buvant un gobelet d'eau avec le bruit du moteur pour musique
d'ambiance. Les crédits immédiats à la consommation dits « revolving ».
Votre banque vous dit non ? Eux vous disent presque toujours oui ! De
plus en plus de consommateurs, oubliant de lire les petites lignes
après l'astérisque en bas de la page, contractent des dettes auprès de
ces organismes et s'engagent à rembourser des sommes sur des dizaines
d'années, à des taux prohibitifs : jusqu'à 16%, contre 5% en moyenne
pour un crédit bancaire classique. Faute de solvabilité, la plupart
rencontrera des difficultés à rembourser. Une aubaine pour les
huissiers et les sociétés de recouvrement qui font office de « service
après vente » en allant relancer les mauvais payeurs. Et en prenant au
passage des frais d'intervention confortables. Tout ce qui se loue.
Deux roues, voitures, outils... Mireille et Simon Abécassis passent
régulièrement la porte d'une enseigne de location. Ce couple de
retraités habite un pavillon de Seine-et-Marne, avec un petit jardin
: « Nous devons acheter une tondeuse depuis le printemps dernier, la
nôtre est hors service, mais faute d'argent, nous allons la louer pour
deux heures tous les quinze jours. Ça nous revient plus cher, mais
avons-nous le choix ? » A leur départ, un vendeur nous confie : « On ne
loue pas plus d'articles qu'avant, mais c'est sûr, les clients sont
plus fidèles. Avant ils allaient acheter une perceuse, maintenant, pour
deux trous, ils préfèrent l'emprunter ou, mieux pour nous, la louer. »
Il ne peut pas nous en dire plus : on l'appelle à la caisse, où la file
d'attente ne cesse de s'allonger. La communication de crise et la communication financière.
E. est consultante en « com'fi », et elle préfère garder l'anonymat.
Pour cause : elle n'a jamais eu autant de clients qu'en ce moment. Au
sein de l'agence de communication pour laquelle elle travaille, elle
était tellement sollicitée, qu'elle a commencé à gérer des budgets en
free-lance, les soirs et les week-ends, de chez elle ! « D'habitude, on
s'occupe de publier les bilans, les rapports annuels, rien de très
folichon... Depuis six mois environ, on n'arrête plus, il faut sans
cesse communiquer sur les aléas de la bourse et sur l'actualité
économique de nos clients. J'ai multiplié mes revenus par trois ! »
Elle jette un regard autour d'elle avant d'ajouter, à voix basse:
« Pourvu que ça dure... » Marlène Schiappa |